mardi 24 mai 2011

Les jeux inuit

                                 Kangirsuk                     Montréal

Lever du soleil :             3h44                          5h15

Coucher du soleil :       21h30                         20h27



Bonne petite semaine de 4 jours à vous!

Ah! C’est apprécié ce repos de 3 jours, après une semaine interminable, où la fatigue m’a mise k.o en période supplémentaire. J’ai bien essayé de compléter la semaine, mais après un sommeil troublé, jeudi après-midi, il me semblait surhumain d’aller enseigner à mes 10 élèves de 4e et 5e année. J’ai donc pris mon après-midi afin de préserver ma santé mentale.


Vendredi, on profite d'un moment d'accalmie pour...se régénérer!

Je sais que c’est la même chose pour plusieurs enseignants, on ne veut pas s’absenter, on pousse les apprentissages le plus qu’on peut, profitant de chaque minute à l’horaire. Important de s’écouter aussi, si on veut conserver notre énergie, notre enthousiasme...et celui des élèves!

Vendredi, retour au boulot pour les jeux inuit, au programme toute la journée. Tous les jeunes de l’école étaient séparés selon leur âge et devaient s’affronter dans des compétitions de sauts et de force. J’ai bien apprécié le saut à un pied où, en sautant et en frappant avec la même jambe, on doit atteindre la meilleure hauteur. Aussi, les élèves ont bien performé à un jeu rappelant le tir au poignet, mais au sol, avec les bras entrecroisés.


Je me prends contre la gagnante de sa catégorie, Saviluk. Qui a gagné selon vous?


Le plus de sauts, sans s'arrêter, allez les lapins!

Les élèves de ma classe ont hyper bien participé, ils se sont donnés à fond, si bien que Bobby, cet élève faisant ses apparitions en classe quelques fois par semaine, a remporté les honneurs dans sa catégorie. Il était d’ailleurs venu pratiquement toute la semaine de l'événement, probablement pour ne pas se faire refuser l’activité pour cause d’absentéisme trop élevé.

Mais ce n’est pas tout! C’est ma petite classe de 3-4-5 français qui a remporté la compétition à l’échelle de l’école, devançant de peu les secondaires anglais. En effet, ce sont mes élèves qui ont obtenu le plus de 1ères, 2e et 3e places. Je suis si heureuse pour eux puisqu’ils sont si respectueux et travaillants, ils méritent bien les honneurs…et le dîner pizza qui les récompensera!

Leur grande énergie n’a pas réussi à m’atteindre, j’ai été dans un état semi-végétatif tout le long de la compétition, guettant du coin de l’œil les élèves, n’attendant que la cloche annonciatrice de la fin de semaine de 3 jours.

On ne s’ennuie pas à Kangirsuk; 3 jours de congé ne signifiant pas 3 jours de solitude. Vendredi, souper initiation à la Turquie chez notre amie travailleuse sociale. Au menu, bouffe et photos de ce pays que nous visiterons en juillet, afin de compenser notre bilan négatif de chaleur. Samedi, feu et souper chez cette même amie pour son anniversaire. Dimanche, souper avec un couple de collègues. Moi qui adore la solitude, bien que j’apprécie tous ces moments passés avec nos collègues et voisins du nord, je guettais mon lundi, où une journée juste à moi était au programme.


23h00, le ciel toujours teinté de bleu. Le ciel ne devient d'ailleurs plus noir, il revêt un bleu foncé entre 23h30 et 2h00, et ensuite, on le voit s'éclaircir à nouveau!



Me voilà bien remise, reposée, prête à entreprendre ces 4 dernières semaines où les élèves seront en évaluations, où les bulletins devront être complétés, où les boîtes devront êtres remplies, autant à l’école qu’à la maison.

Rien de bien spécial à signaler, à part que mes élèves me font toujours autant sourire.
Shayleen qui court derrière les hommes de la construction pour savoir leurs noms, leur emprunter leurs casques. J’adore entendre mes élèves s’exprimer en français à l’extérieur de la classe (même s’il est parfois difficile pour eux de comprendre le jargon de ces sympathiques hommes de la construction pas habitués au niveau de vocabulaire des jeunes).

Saviluk qui, pendant une leçon de mathématique, sort de sa poche une patte d’oie, fraîchement découpée. Évidemment, j’ai été surprise ce qui a fait rire les élèves et a incité les garçons à tenter de me faire peur en me frappant le bras de ce membre inerte.

Sarah qui, en lisant l’horaire de la journée, tente de me prendre en défaut en signalant qu’il est impossible que le mot féminin soit…masculin! Et oui Sarah! On dit bien LE féminin, quelle langue farfelue le français, hein! Alors maintenant, une guerre des sexes s’est amorcée en classe, les filles applaudissant à tous les mots féminins et ainsi de suite pour les garçons et le masculin!



Dessin fait spontanément par mon élève. Héritage de la visite de la bédéiste Johanna Schipper?

Toujours cette Sarah qui profite de tous les moments où j’ai le dos tourné pour m’écrire des petits mots au tableau du genre, l’œuf d’oie est bon pour toi, c’est pas une blague. Elle m’a d’ailleurs proposé de m’en amener un en classe cette semaine.

Sinon, à la maison, on guette le départ des glaces, on aperçoit des trous dans la baie. Les températures sont encore quelques degrés sous 0, le ciel est gris, il neige un peu, souvent. Tout de même, les montagnes perdent leur couche de neige, il est bon de revoir le vert et le brun du lichen, le gris de la roche. Un peu de couleurs dans ce blanc et ces couleurs pastel. On mange une quantité hallucinante d’omble de l’Arctique, les pêcheurs en rapportant des traîneaux pleins, et ne sachant plus quoi en faire, nous acceptons avec joie les offrandes!


Un des monstres, que ma collègue Dallacy m'a gentiment offert.

Les états d’âme se multiplient, une journée, on se demande comment nous passerons au travers une autre année ici, isolés, avec un choix d’activités restreint. Le lendemain, on se sent exactement à l’inverse, euphoriques devant tant de beautés, nous disant que nous ne pourrons nous passer de ces paysages, ces espaces, ces gens si attachants. Chose certaine, on a besoin de nous échapper durant l’été, je crois que le choix de ne pas être sortis durant la semaine de relâche se fait sentir…Six mois sans sortie s’avère finalement un peu étouffant…

Je retourne à mon état d’âme d’aujourd’hui, comblée, heureuse.


Les jeux inuit: belle occasion de côtoyer les élèves du secondaire dans un contexte agréable

Paysage du printemps...toujours blanc!

On guette les glaces au large, on perçoit des changements

Fin des jeux, les élèves spontanément, se lancent dans un jeu pour s'étourdir...




mardi 17 mai 2011

Comment faire danser les aurores

                                Kangirsuk               Montréal


Lever du soleil :         3h59                     5h22

Coucher du soleil :     21h14                  20h20



Ça y est, on est passé sous la barre des 4 heures du matin! Le soleil se lève en plein milieu de la nuit, les lueurs apparaissant à l'heure où les couche-tard se mettent au lit. Il sera 23h00 dans quelques minutes, et le ciel est encore coloré d'un bleu jeans foncés (j'ai demandé à mon écrivain de chum de me décrire la couleur du ciel, et au bout de 15 minutes de recherche, je choisis mon propre terme...).
Toujours cette belle énergie qui m’habite, malgré les couchers tardifs. J’ai l’impression de voler du temps à la nuit, pas de presse pour aller au lit, la lumière accompagne nos longues soirées.




La nature n’arrive pas à se brancher, après des jours de fonte, les nuages reviennent, la neige et le vent s’unissent pour nous donner de petits blizzards. Les températures jouent au yoyo autour du zéro. Difficile pour nous de réaliser que nous sommes à la mi-mai, toujours emmitouflés dans nos foulards.

Les petits oiseaux se multiplient, ça pépie sous la fenêtre. Les oies reviennent, une collègue ayant même bénéficié d’une leçon de déplumage de l’animal, cours offert par les femmes inuit. L'oie sera-t-elle au menu chez nos amis de la maison bleue?

Le décompte pré-vacances s’amorce, plus de 5 semaines avant le départ. Nous avons eu notre dernière visiteuse de l’année au 250B Puppuq, l’auberge est maintenant fermée jusqu’à l’an prochain. Une nouvelle maison accueillera nos adorés visiteurs l’an prochain (et nous de même!), puisque nous sommes délogés de notre douillet nid, à notre grand dam. Nous quitterons donc le bord de la belle baie (sans Pascale Bussières...ouf! Trop de télé...) pour rejoindre les collègues à flanc de montagne.


L’école

Aujourd’hui, nous travaillions sur un projet d’univers social visant à produire une affiche vantant les nombreux attraits du Nunavik, lorsque nous avons abordé le sujet des aurores boréales, arsaniit, en inuktitut. Les élèves m’ont offert une leçon des superstitions entourant ce phénomène. Ainsi, j’ai appris qu’en montant et descendant rapidement la fermeture-éclair d’un manteau, en sifflant, ou en tapant des mains, je ferais bouger les aurores dans le ciel. Je n’attends qu’une soirée dégagée pour tenter cette expérience bien scientifique.

Ce sujet m’a poursuivi ce soir, lors d’une lecture de la revue canadienne nordique Up Here. J’ai pu y lire qu’à Yellowknife, on croit qu’en sifflant, les aurores se rapprocheront de nous, tandis qu’en crachant, elles changeront de direction.

À Whitehorse, on pense plutôt que la fertilité serait accrue si on « batifole » sous les aurores. En tous cas, le romantisme sera accru, y’a pas à douter!

Au Labrador, la légende veut qu’un trou dans le ciel marquerait l’entrée des esprits au paradis. Les aurores seraient ainsi une sorte de tapis rouge, marquant le sentier vers ce trou.

Je comprends que les gens aient eu toutes ces croyances en observant ces splendeurs qui semblent surgir d’un monde surréel. Facile pour l’esprit de s’échapper dans les rêveries et la poésie devant ce spectacle quasi quotidien, lors des soirées dégagées.



Maintenant que mes élèves maîtrisent assez bien la langue française, il est possible d’avoir de petites discussions bien intéressantes. Aujourd’hui, une élève m’a posé la question « Pourquoi les animaux ne sont pas intelligents ». Belle occasion pour discuter de ce qu’est l’intelligence. Pour mes élèves, l’intelligence se traduisait par la faculté de parler. J’adore ces discussions, mais je me fais ramener à l’ordre par certains élèves, plus rigoureux que moi dans le suivi du programme imposé! Pourtant, l'oral est bien la compétence la plus importante pour ces élèves!

Encore une fois, je vous quitte avec mes clichés favoris, pris au cours des dernières semaines.

Bonne semaine!


Rayons de soleil, sur la course de motoneiges



Rencontre de mes belles de 5e année avec Lucie, la maman de Nicolas


21h00, la maison des jeunes ferme, tous au parc!

21h30, tant que la lumière est là, les enfants s'amusent à l'extérieur!

Séance de pêche dans le trou d'eau gigantesque!



Visite de la belle belle-maman


Un os digne des Pierrafeu!

Mon lieu de contemplation...quel trône!

Souvenir de la belle Anne

Bain de soleil...sur la plage de neige!

De grandes guerrières!



Partie de main chaude


On ne se prend pas contre le prof de gym...

lundi 9 mai 2011

La lumière, partout, tout le temps

Kangirsuk                                                                Montréal
Lever du soleil:        4h18                                         5h32
Coucher du soleil:    20h55                                       20h10

Pour débuter, comment ne pas parler de cette lumière, omniprésente, envahissante, obsédante. Ses effets se font sentir, notre corps s’adapte. Difficile, voire impossible d’aller au lit avant 23h, minuit. Nous avons renoué avec la tradition des soupers tardifs, propres à la belle saison. La vraie de vraie lumière est là jusqu’à 21h00, ensuite les lueurs persistent, s’accrochent jusqu’à passé 22h30…Et le matin, c’est encore mieux! À 4h30 du matin, systématiquement, je m’éveille, convaincue que je suis passée tout droit, qu’avec cette lumière, il est assurément plus tard que 9h00. Mais non, cette lumière forte c’est celle de l’aube. Encore un peu plus d’un mois pour constater ce phénomène qui me fascine, m’énergise!


20h15


21h30



22h30


Contrairement à ce que j’aurais cru, aucun de mes moineaux ne s’est éclipsé avec ces jours qui allongent. Bien que certains d’entre eux arrivent plus fatigués certains matins, ils sont là, assidus, fidèles à nos rendez-vous matinaux.

Le printemps ramène oiseaux et marteaux. Depuis 2 semaines, la population a augmenté quelque peu suite à l’arrivée des hommes de la construction qui, avec la température plus clémente, peuvent réparer notre école amochée.

Soit nous sommes seuls et isolés au milieu de notre nulle part, soit les visiteurs abondent soudainement. C’est ce qui est arrivé depuis les deux dernières semaines. Conseillers pédagogiques, M. le bon docteur, une bédéiste, une artiste marionnettiste, et surtout, surtout, ma belle amie Anne. Soupers, sorties, rencontres, le temps file à toute vitesse, nous voilà déjà les deux pieds bien enfoncés dans le mois de mai.

Humeur changeante, soit je rêve à l’été, retrouver des options de sorties, autres que marches, soupers entre collègues, joggings, soit je me pince et savoure chaque minute. L’isolement, la routine, c’est bien ce que je trouve de plus difficile dans cette aventure. Mais la solitude, c’est ce que j’apprécie le plus! Du temps pour soit, pour la contemplation.

La classe

Je suis si attachée à ces élèves, si fière de les entendre parler davantage chaque jour. Quelle joie d’imaginer tous les progrès que nous pourrons faire l’an prochain. Il m’a pris si longtemps avant de saisir leur niveau, d’adapter mon vocabulaire. Toutes ces étapes de tâtonnements seront sautées l’an prochain. La confiance et le respect dans le groupe sont bien implantés, on se confie, on pleure devant les autres, sans se faire ridiculiser.



Il est plus fréquent que j’entende parler des histoires familiales de mes loups, histoires expliquant une fatigue matinale inhabituelle. Maman trop de bières, moi pas dodo… Je mets l’info dans mon cerveau, tente d’être plus patiente, plus affectueuse envers ces élèves.

La semaine dernière, une bédéiste française, de Bordeaux, Johanna Schipper, nous a fait le bonheur de donner des ateliers dans ma classe. Une discussion nous a permis de choisir nos personnages principaux, un papillon d’Afrique, une louve et son petit ainsi qu’un caribou pas mal cool et rock’n’roll. Trois pages de 4 images, une par jour, les élèves proposaient les aventures, Johanna les dessinait en gros, les élèves reproduisaient. Beaucoup de talents chez ces jeunes, de belles réussites, mais aussi, quelques gros découragements, un par jour, en moyenne, accompagnés de pleurs. Ça va trop vite, je ne fais pas aussi bien qu’elle, j’ai mal à la main…Les élèves n’ont pas exprimé leurs peines, trop d’émotion, on a laissé couler…et le lendemain, c’était reparti et avec le sourire!


Sarah s'est lancée dans une bd hyper réaliste de notre quotidien, en classe...Les pets d'Alec!!






Cette semaine, 4 jours avec les élèves, on pourrait même dire 3 puisque jeudi, c’est la journée des jeux inuits : sauts en hauteur, plus haut coup de pied, et autres jeux d’habiletés nous distrairont durant la journée. Vendredi, journée pédagogique, temps pour planifier la fin de l’année, les examens des 3e, ceux des 4e, ceux des 5e et les travaux qui occuperont les uns tandis que les autres seront testés.

Je vous laisse sur un tas de photos de notre quotidien, de notre belle aventure nordique. Moins de mots, plus d’images, de beauté.

Bonne semaine!

Voici le lien du blog de Johanna, super bédéiste!
http://lescontesdujournouveau.blogspot.com/

Merci de me lire, nakurmik!

Fondue au chocolat pour Pâques. Monica n'aime pas le sucre, elle se rabat sur les fruits. Sarah, quant à elle...

Souper de Pâques, à la maison, avec les collègues et Anne! Au menu, caribou et boeuf musqué sur le bbq. Végétariens, se rabattre sur la fondue au chocolat!!!


Aurores observées alors qu'Anne était là. Les lueurs persistent, il est passé 22h30.


Le printemps est arrivé à Kangirsuk!


Paraski au lieu de regarder les Canadiens se faire battre lors du 7e match...


Lendemain de blizzard, on a perdu la tente!

La neige fond et un ruisseau s'est créé derrière chez moi, au grand plaisir de ces enfants.