samedi 4 septembre 2010

La planif et moi...

AVERTISSEMENT: suite aux commentaires de Marie, qui m'a dit que ce que j'avais écrit était trop pessimiste et ne contenait que du négatif, je tiens à préciser certaines choses d'entrée de jeu:
1) J'aime beaucoup vivre ici et il n'est aucunement question de même songer à revenir dans la canicule, la pollution et les embouteillages.
2) Les enfants sont beaux, ils sont fins et mes élèves me saluent depuis leur scooter : Ni-ko-layyyy ! (les sons étant intraduisibles !). Charmeurs et charmeuses, va.
3) Je n'écrirai pas que des billets négatifs
4) Le commissaire de l'école vient de nous faire cadeau d'une belle pièce de caribou, sans os. Ça réconcilie avec l'humanité.
5) C'est Marie qui est la hop la vie du couple et elle m'a spécifiquement demandé d'être le collaborateur "intellectuel" du blog.

Vous êtes donc avertis...

* * *

Bonjour les sudistes...

Je suis content de voir que plusieurs ont posté des commentaires suite à mon premier billet ! Surtout n'hésitez pas à continuer, ça fait chaud au coeur de savoir qu'on est lu. Et la réflexion s'enrichit de vos commentaires ! D'ailleurs, j'ai répondu à plusieurs d'entre vous, dans la section commentaires du dernier billet.

Je tiens aussi à rassurer ceux qui s'inquiéteraient de mon état psychologique. Je vais bien, même si l'enseignement n'est pas ma tasse de thé, ce que je savais déjà. Je suis trop dissipé pour faire ce genre de métier (en plus de ne pas avoir de formation), je manque de discipline et de rigueur dans la préparation des cours. De ce point de vue, je ressemble à mes élèves ! Quant à mon autorité naturelle, elle est ... nulle. Ma soeur me faisait remarquer hier qu'elle n'a aucun souvenir d'une quelconque autorité que j'aurais pu exercer sur elle lorsque nous étions plus jeunes (nous avons dix ans de différence), alors que je la gardais souvent. Je n'ai même pas d'autorité sur Nanette, notre chat, alors imaginez ! :)


Cette semaine, j'ai eu trois jours supplémentaires pour mieux me préparer, mais fidèle à mes mauvais plis je n'ai pas fait grand-chose, pas suffisamment en tout cas. Alors le retour en classe a été difficile jeudi matin ! En fait, peut-être que ce n'était pas si pire, objectivement, puisqu'on a tout de même amorcé des activités qu'on n'a pas complétées pour cause de désintérêt général, de paresse et d'organisation des apprentissages tout croche, mais le sentiment d'insignifiance qui m'habitait m'a mis dans une humeur massacrante. C'est toujours le même cercle vicieux: mauvaise préparation = désorganisation = des élèves (pour le moins) indisciplinés. Mais le pire, dans tout ça, ce n'est pas qu'il ne se passe rien qui ressemble à un quelconque enseignement, ce qui veut dire que je suis surtout un gardien d'enfants. Et encore, dans gardien il y a le mot garder, ce qui n'est même pas le cas. Je serais plutôt une sorte "d'animateur de groupe", mais je ne sais pas trop de quoi encore. Un bouche-trou, en somme. Le pire, c'est vraiment de se sentir profondément inutile et "pas à sa place".


Car il n'y a aucune conséquence à mon incompétence, puisque la directrice m'a engagé en toute connaissance de cause... Son argument, face à mes scrupules, est de me dire que le fait qu'il y ait une personne physique qui occupe le poste en attendant qu'on trouve un prof qualifié est déjà utile, puisque cela incite tout de même les élèves à venir à l'école, plutôt que d'être un mois sans y aller, ou que de traîner dans la rue. Inutile de vous dire que cet argument ne me convainc guère. "Je serais plus utile à nettoyer les réservoirs à eau !" ai-je protesté quand la directrice m'a dit ça. Et elle de répondre: "Ça, c'est dans deux semaines..."


En toute justice, il faut dire que la directrice m'a offert d'arrêter, si je trouvais ce travail trop pénible. Puisque je ne suis pas à une contradiction près, on dirait que j'aurais le sentiment d'abdiquer si je le faisais, car je retournerai dans mon petit cocon, à vivre ma petite vie individuelle dans un bourg de 500 personnes où j'ai accepté d'aller au front, et où en fait je ne fais que dépanner, en attendant. Disons que mon sentiment d'appartenance à la communauté est plus fort ici qu'en ville... Puisse une âme charitable, dévouée et professionnelle atterrir bientôt ici, au bénéfice des enfants surtout ! Heureusement, je me console en me disant que j'emmagasine des impressions et des réflexions qui me seront utiles pour la suite des choses, lorsque je commencerai à tourner des images...


J'ai donc tendance à oublier que je ne suis qu'un bout de pollyfila, une "patch" comme on dit. Reste qu'il faut bien que j'occupe mes ouailles, pour ainsi dire, et cela pas mal d'heures par semaine. Mais par où commencer ? Le matériel est inadapté, je suis incapable de connaître le niveau de chacun, la journée commence avec un ou deux élèves, les autres arrivant au compte-gouttes, j'ai deux ou trois niveaux à la fois, des turbulents, des lents, des vites qui s'ennuient sans doute, des gênés, des monstres, des ados révoltés qui trouvent tout "boring", dont plusieurs ne peuvent tenir en place toute une période (45 minutes) et qui n'ont pas une capacité d'attention du tonnerre...


Mais revenons à la planif... J'en suis encore à essayer de démêler tout ça dans ma tête, à dégager un semblant de structure qui pourrait me donner une meilleure direction. Pour le moment, le "programme" à venir n'est pas clair. Je n'ai ni encadrement, ni directives, alors je peux faire tout ce que je veux, et même pire. Comme par exemple, de faire dessiner les élèves avec du fusain... Ouille, mauvaise décision ! Les trois gars du groupe (aïe aïe aïe) n'ont pas compris que le fusain allait sur la feuille, et non sur le dessus et la paume de la main...


Vous ai-je dit que j'avais, à ma décharge, 26 périodes à planifier par semaine ? Il me faudrait, en théorie, préparer trois activités par période, au cas où les choses ne marcheraient pas, pour ceux qui terminent avant, pour les autres qui arrivent en retard, et pour faire de la différenciation. J'ai les secondaires 1 et 2 dans un groupe (une douzaine) et les 3-4-5 dans l'autre (7-8 filles). Avec les plus jeunes, je devrais (une fois de plus en théorie) enseigner le français, le programme de sciences humaines et les arts, et aux plus vieux seulement le français et les sciences humaines. Les activités en sciences humaines étant soporifiques et trop difficiles à mon sens (le programme datant de la fin du XXe siècle, 1997 je crois, ou 1993, et les manuels aussi !), je me rabats donc pour le moment sur le français. "Ah, voilà qui est plus facile, plus concret !" vous dites-vous peut-être...


L'ennui, c'est que le programme de français, au premier cycle du secondaire, comprend 15 pages de description de ce que les élèves devraient apprendre, d'où ma confusion, et ma conclusion qu'ils doivent tout apprendre, ou presque. Ça va de l'apprentissage du féminin et du pluriel des noms à des distinctions de base, à la connaissance des adjectifs, aux terminaisons, aux conjugaisons, à de l'analyse grammaticale, et j'en passe. Juste ces pages du programme m'étourdissent, je ne sais pas par quel bout prendre le monstre ! Quel vocabulaire voir avec eux ? Quels verbes ? Ont-ils appris ceci, connaissent-ils cela ?


Bref, mon état d'esprit est à la lumière la température qui a sévi ici cette semaine: brumeux.


Mais bon, on essaie de s'organiser un système d'émulation (le jargon pour dire récompense et punition) Marc-André (le prof de math et de science, très gentil et qui "tient" pas mal mieux ses élèves que celui qui vous écrit!) et moi. On verra si le bon vieux système du bâton et de la carotte fonctionne ici... À suivre...
P.S.: j'espère que mes propos ne vous découragent pas trop ou qu'ils ne vous semblent pas trop négatifs, j'essaie seulement de faire un compte-rendu sans apitoiement de ce qui m'arrive. Désolé aussi d'être aussi long, c'est l'une des raisons pour lesquelles je n'écris pas aussi souvent que la belle et sémillante Marie...


À bientôt,


Nicolas

3 commentaires:

Jasmin a dit…

Salut mon gros,

Je me suis bien bidonné en lisant ton billet... je peux vraiment voir ta tronche de cake découragé devant une classe de petit monstre incrédules… (schadenfreude?)

Mais bon, je me permets de rire car je sais bien que ce n’est pas ta profession choisie et que tu le fais temporairement et un peu de reculons. A ce propos c’est vraiment bien de lire les billets de Marie et de voir que ca semble bien aller dans ses classes… à elle ;)

Si je comprends bien la situation, si j’étais toi je mettrais le guide à la poubelle, donnerais quelques petits “tests” aux étudiants pour voir où ils en sont individuellement et utiliserais l’occasion pour expérimenter un peu avec différentes méthodes d’enseignement... fait ce que tu crois qui serait le mieux pour eux et ne t’en fait pas si tu te goures…

Continus de nous envoyer des nouvelles et amuses toi!

Jas

Anonyme a dit…

Coucou Frero,

Je crois que tu devrais suivre les conseils de Jasmin à propos des petits test. C'est une super bonne idée.

Tu recevras, d'ici quelques jours, les livres dont je te parlais (et d'autres petites surprises de maman et moi) et je suis persuaduée que tu comprendras certains trucs à propos des problématiques psycho-sociales des communautés du Grand Nord.

Je t'envoie aussi plein de pensées positives et d'amour pour que cette semaine soit plus agréable que la dernière!!

Bisous,

Je t'aime

Kim :)

Anonyme a dit…

Le regard que tu poses sur tes méthodes d'enseignement est fantastique; tu sembles si lucide!

Tu nous a bien fait rire (Annie nous a fait la lecture de ton billet, par un doux samedi soir), ne lâche pas!

Rose